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''De Denise à son mari Bernard
« Jusqu’au dernier jour, ton regard m’a fait signe… »
1992
Denise entre dans la résistance en 1940, à l’âge de 16 ans, sous le nom de Duplessys. En 1942, Denise tombe amoureuse du chef de son maquis : Rivière. Il devient son amant. Ils ont l’un et l’autre 18 ans. Denise et Rivière survivent à l’occupation. Alors que tout devrait les pousser vers le mariage, Rivière avoue à Denise qu’il ne peut se résoudre à se « ranger » si jeune et s’engage pour l’Indochine. En 1945, en pleine dépression nerveuse, Denise se requinque à Combloux dans une maison de repos où sont envoyés les jeunes résistants physiquement ou psychiquement abîmés par leurs combats. Elle y rencontre Bernard qui devient son époux. En 1952, Rivière réapparaît. Il débarque dans la famille de Denise, mariée et mère de famille, et lui annonce, qu’il n’a jamais cessé de l’aimer et qu’il vient la chercher. Après une semaine de « tempête » intérieure, Denise opte pour son mari et pour sa famille. En mai 1992, Bernard meurt au terme d’une épouvantable maladie d’Alzheimer qui aura duré 6 ans. Denise lui écrit cette lettre d’amour à titre posthume …
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Mai 1992
C’est toi qui m’as fait signe. Tu m’as vue un peu perdue à l’entrée de cette grande salle à manger pleine d’étudiants inconnus ; tu m’as regardée et tu m’as fait signe de venir m’asseoir à côté de toi. Tu m’as choisie. J’avais vingt ans et je sortais d’un grand chagrin d’amour. Toi, tu renaissais après la Gestapo et la prison. Janvier 45 plein de douleur encore mais aussi de promesses… Tu m’as entraînée dans ton envie de vivre. Tu as creusé la trace et, sans m’en apercevoir, je t’ai suivi. Et puis je t’ai rencontré de face ; nous nous sommes reconnus : moi avec mes exigences et mes révoltes, toi, les pieds bien plantés dans le sol. L’homme du quotidien, celui qui sait déjà que chaque jour doit peser son poids. Et nous avons marché ensemble pendant trente ans. Pendant ces trente années, moi aussi, j’ai eu l’occasion de te choisir une fois. Dans le trouble, dans le doute et dans l’espérance, malgré le courant qui m’entraînait, comme un noyé s’accroche à son radeau, je t’ai choisi et la mer s’est calmée. Joie de regarder nos enfants dormir avant d’aller nous coucher ; bonheur des nuits partagées, corps contre corps, chaleur et fraîcheur mélangées ; plaisir des caresses et des combats alternés ; plaisir du plaisir de l’autre ; désir qui submerge tout et laisse ensuite pantelants dans la confusion des corps et dans la communion des cœurs. Tout cela, nous l’avons connu avant de le perdre. Car tu t’es enfoncé peu à peu dans le marais boueux de la maladie. Et nos beaux mots d’amour secrets ont été remplacés par des barbarismes médicaux créés sur la place publique de l’hôpital : apraxique, aphasique… De qui parle-t-on ici ? Mais rien n’a pu nous séparer. Nous étions cousus ensemble, à petits points et à points lancés ; et la couture a tenu bon. Douleur et tendresse, présence mystérieuse au cœur de la maison, jusqu’au bout tes yeux m’ont parlé. Et jusqu’au dernier jour, ton regard m’a fait signe.
Denise Paroles d’Amour Editions Librio
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Transcrire sans trahir, depuis la parution du premier recueil,"Parole de poilus", il y a 12 ans
Chacune de ces parutions nous reconnecte avec nous-mêmes tant les émotions affleurent au fil des pages

Les émotions?
Le fil rouge se poursuit à l'occasion de la parution du douzième titre fin 2010, la collection « Paroles de » va célébrer la correspondance. La lettre est le vecteur d’émotion par excellence. Ecrite sur du papier, puis dissimulée dans son enveloppe par son expéditeur, la lettre révèle entre les doigts de son destinataire la profondeur, le privilège et les secrets qu’elle recèle.